Maison Normandes N°41
Saint Samson La Poterie - Le retour à la terre
Gilles Nadal a changé de vie du jour au lendemain. Une histoire qui commence à la manière d’une série noire…et se termine en happy-end, tout en restant très terre à terre… Carreaux maîtres.
En 1975, Gilles Nadal était ingénieur chez Esso, chargé de la commercialisation du gaz industriel. Un jour, à l’occasion d’une mission à Rouen, il apprend qu’il va être nommé à Paris, à la Défense, précisément. Pour li, cette promotion équivaut à une mauvaise surprise ! Grenoblois d’origine, il aime trop le grand air pour aller s’enfermer dans une tour. Il quitte Rouen, roule à regret vers Paris, lentement, en musardant, en empruntant le chemin des écoliers et soudain, alors qu’il traverse un petit village de l’Oise normande et que la nuit tombe, il s’arrête ! Il vient d’apercevoir un long bâtiment de brique rouge sur lequel on a placardé : « USINE A VENDRE ». C’est ce soir-là que sa vie va changer. Photo machine
L'USINE DE SA VIE

Il prend sa torche, pousse une grille qui ne ferme plus guère et il pénètre discrètement dans l’usine fantomatique. Après avoir erré pendant une heure dans le dédale des ateliers, il est sûr de deux choses : premièrement, il s’agit d’une ancienne fabrique de carrelage ; deuxièmement, il sait qu’il a rendez-vous avec cette usine comme on sait que l’on a rendez-vous avec la femme de sa vie.
Et pourtant ! Abandonnés depuis plus de vingt ans, les bâtiments ne payent pas de mine ! Ici, une cheminée penche dangereusement, là, un pan de toiture menace de s’effondrer. Il n’y a plus une vitre, les portes claquent, les herbes folles ont colonisé toutes les allées…
Et puis Gilles Nadal ne connaît rien à la terre cuite ! Bien sûr, il aimait la pâte à modeler, quand il était enfant, mais de là à devenir patron d’une entreprise qui fabriquera des carrelages à l’ancienne ! Sa famille, ses amis ont bien tenté de le raisonner, en vain. Quelques semaines plus tard, il était devenu propriétaire de la fabrique de carrelages de Saint-Samson.
La première année a été terrible. Pour apprendre le métier, il s’est associé avec quelqu’un qui prétendait tout savoir. Ce fut la « catastrophe ». Un jour les carrelages s’émiettaient ; une autre fois ils restaient collés entre eux, dans le four, après la cuisson… Bref, à force de jouer les « apprentis » de la terre cuite, les deux hommes ont senti passer le vent du boulet de la banqueroute. Mais comme en plus d’être un artisan doué Gilles Nadal est aussi un parfait gestionnaire, il s’est rapidement rétabli. Il a persévéré, sans associé cette fois, mais en embauchant quelques villageois du cru. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, sa fabrique compte sept employés.
Ces pains d’argiles vont être découpés avant d’être passés au four.
Ces pains d’argiles vont être découpés
avant d’être passés au four.
ANNEE 30... 1830
Mais elle n’a pas changé. Elle est toujours aussi rustique et étonnante. Au vrai, elle est quasiment identique à ce qu’elle était en 1830, c’est-à-dire à l’époque où l’on pouvait extraire l’argile sur le terrain même de la fabrique comme le montrent les gravures du temps. Elle n’a pas ? Non, à quelques détails près, cependant : ainsi le patron ne vient-il plus en haut-de-forme pour inspecter ses ouvriers, il est en jean et il met la main à la pâte : il y a le gaz, aussi, qui a remplacé le charbon comme combustible des vieux fours. C’est d’ailleurs la seule concession faite au modernisme, pour le reste les carrelages de Saint-Samson sont réellement fabriqués comme ils l’étaient sous Lous-Philippe et Napoléon III. L’électricité ? L’usine n’est guère alimentée par le réseau mais cela n’est pas un handicap. Il existe en effet, au fond d’une pièce obscure et imprégnée de relents d’huile, une vieille bécane des années 30. Il s’agit d’un ancien moteur de paquebot, un Diesel monocylindrique, qui tourne sans un raté depuis la réouverture de la fabrique. Cet engin, impressionnant comme une locomotive, entraîne des courroies qui tournent un peu partout dans les ateliers le long d’un arbre de transmission qui fait toute la longueur des bâtiments.

Gilles Nadal achète son argile dans la région. Pourquoi irait)il la chercher au bout du monde, d’ailleurs, puisque, de Beauvais à Forges-les-Eaux, les ressources sont immenses avec une veine de dix kilomètres de large et épaisse d’une centaine de mètres ? Il utilise essentiellement deux sortes de terre : celle qui est chargée en oxyde fer, qui donnera une couleur rougeâtre, quant aux couleur claires (rouge nuancé) elles sont obtenues à partir d’argiles réfractaires.
Ensuite, l’argile est « pourrie » à l’eau et malaxée jusqu’à ce qu’elle obtienne une texture homogène. Devenue Molle, on en fait des galettes moulées que l’on coupe en tranches et que l’on fait sécher amoureusement pendant de longues journées dans les combles ventilés qui profitent de la chaleur (50°) des fours installés au rez-de-chaussée. Gilles Nadal a naturellement dessiné une grande variété de moules, octogonaux, carrés, hexagonaux, etc.
Et puis vient l’heure où l’on enfourne délicatement les tommettes avant de murer à l’ancienne l’ouverture du four, c’est-à-dire en empilant des moellons que l’on recouvre d’une couche d’argile. Ensuite, c’est la mise à feu d’une cuisson qui durera à peu près quarante-huit heures.
La première étape de la cuisson amène le four à la température de 1150°C. A ce moment s’opère le « flammage » qui se fait sans apport d’air. La combustion forte en carbone permet alors aux oxydes de colorer la terre. Ensuite, le four refroidira lentement pendant huit jours… et le tout est joué.

Refroidissement au four :
une porte en cours d'ouverture.


Empilés sur les clayettes de séchage, les carreaux attendent la cuisson.

Empilés sur les clayettes de séchage,
les carreaux attendent la cuisson.


Seule une fabrication artisanale est capable de restituer l’authenticité des terres cuites

Seule une fabrication artisanale est capable de restituer l’authenticité des terres cuites :
mélange subtil et naturel des divers couleurs d’argile, solidité. Une qualité qui permet l’harmonisation à tous les types d’architecture et de décoration, moderne ou traditionnelle.


Les deux fours antédiluviens dont dispose la fabrique de carrelages de Saint-Samson nécessitent des soins constants. Parfois, il faut en refaire la voûte – en béton réfractaire -, le linteau de la porte, le plus exposé à l’ouverture doit être régulièrement remaçonné ; il y a quelques années on a même été contraint de renforcer les parois en les étayant avec des morceaux de rails provenant de la voie désaffectée du tortillard local.
Aujourd’hui Gilles Nadal est un homme heureux… et ses clients le sont tout autant. Ses clients, ce sont essentiellement des particuliers qui n’hésitent pas à se déplacer pour venir choisir eux-mêmes le carrelage qui redonnera à leurs salons, à leurs cuisines ou à leurs escaliers séculaires une authentique couleur du temps. Ces particuliers-là viennent parfois de Belgique, d’Angleterre, d’Allemagne et même des Etats-Unis tant ils sont séduits par la beauté des produits. Ses clients, ce sont aussi les municipalités ou les Monuments historiques. Ce sont les halles de Songeons, par exemple, qui ont intégralement repavées en « Nadal », ainsi que la bibliothèque de Saint-Saens ou le musée Mallarmé, à Fontainebleau…
Saint-Samson, une étonnante fabrique de carrelages que l’on dirait sortie des Hauts du Hurlevent. Il ne serait pas étonnant, d’ailleurs, qu’il y ait un brin de sorcellerie là-dessous, car comment expliquer que l’on puisse, sans être un peu magicien, réaliser une aussi belle synthèse de la terre et du feu ?
Image du four Image du four
Texte : Michel de Decker
Photos : Marc Loiseau
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60220 St Samson La Poterie
Tél.: 03.44.82.40.22 - Fax : 03.44.82.74.69
E-mail : info@carrelages-de-st-samson.com

Carrelage de Saint Samson est spécialisé dans la fabrication de carrelage à l'ancienne, de terre cuite à l'ancienne terre cuite artisanale, rénovation de carrelage...